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Psychologie sociale, sociologie et inégalités

Les objectifs de non discrimination, d’équité, d’accessibilité et de qualité de vie, récemment réaffirmés dans le cadre du nouveau programme pour les villes adopté par l’ONU en décembre 2016, sous-tendent les recherches menées de longue date au Lescot sur la thématique de la mobilité pour tous. Initialement centrée sur des problématiques d’accessibilité aux transports, avec une approche visant à comprendre l’influence de l’environnement physique sur les situations de handicap, pour mieux adapter cet environnement et contribuer à la conception d’aides au déplacement, la problématique traitée au Lescot a évolué de plusieurs manières.

En premier lieu, tout en conservant l’orientation initiale elle s’est élargie à l’identification de l’ensemble des facteurs qui contribuent à la production des situations de handicap (au sens du modèle québécois de P. Fougeyrollas), aussi bien les facteurs individuels, que les facteurs environnementaux, incluant les facteurs physiques mais aussi organisationnels et sociaux. Car c’est l’interaction entre tous ces facteurs qui produit pour l’individu une situation de handicap, ou bien à l’inverse une pleine participation sociale, ces deux concepts se situant aux deux extrémités d’une même échelle. Ce cadre d’analyse a été et continuera d’être utilisé au Lescot pour étudier les freins à la mobilité et à la participation sociale rencontrés par les personnes handicapées et par les personnes âgées, et trouver des solutions pour remédier à ces freins.

Par ailleurs, avec l’arrivée au Lescot d’une nouvelle directrice de recherche en psychologie sociale du développement, cette thématique renforce l’approche d’analyse des facteurs psychosociaux influençant l’activité de déplacement, notamment pour comprendre les besoins des usagers en termes d’éducation, de formation et d’apprentissage de la mobilité.

Sous-axes

Les recherches centrées sur les personnes âgées continueront sous les deux angles d’approche conjoints précédemment adoptés au Lescot : celui de l’analyse des effets du vieillissement sur la conduite automobile et sur la locomotion (marche), et celui de l’analyse des conditions de vie et de déplacement de ces personnes et des leviers pour améliorer leur participation sociale.


Les recherches sur les effets du vieillissement s’attacheront plus particulièrement à identifier les individus en sur-risque d’accident, à mieux décrire les adaptations opérées par certains conducteurs et à comprendre les freins à ces adaptations afin de proposer des solutions de nature éducative et/ou technologique. L’efficacité de programmes d’accompagnement des conducteurs sera étudiée (entraînement cognitif associé ou non à une immersion sur simulateur de conduite) et une démarche de conception de fonctions d’assistance adaptées aux besoins spécifiques des seniors sera mise en place (reposant sur l’analyse en temps réel de l’activité et le diagnostic de difficultés, d’erreurs ou de risques pour activer ou adapter en conséquence les aides à la conduite mais aussi sur l’analyse des besoins à l’aide d’enquête auprès de conducteurs âgés).


Les travaux sur les conditions de vie et les déterminants de la mobilité des personnes âgées ainsi que l’amélioration de leur participation sociale se poursuivront, notamment en lien avec l’évaluation de programmes tels que la démarche Villes Amies des Ainés (VADA).


Les travaux sur l’analyse des situations de handicap avec une approche multifactorielle se poursuivront également, notamment sous l’angle du cumul des inégalités d’accès aux transports, avec la question des difficultés du choix résidentiel des personnes handicapées, qui reste à approfondir. Les analyses visant à comprendre et à remédier aux situations de handicap se poursuivront, notamment pour améliorer l’autonomie des personnes avec un handicap moteur ou sensoriel (personnes sourdes ou malentendantes, personnes aveugles ou malvoyantes) mais aussi personnes avec un handicap mental, psychique ou cognitif, en lien avec les développeurs de solutions d’aide à l’autonomie. L’accent sera mis sur les aides techniques adaptatives et personnalisables et en abordant les questions éthiques et organisationnelles posées par le champ en devenir de l’humain augmenté.


Enfin, une attention particulière sera portée sur la question de la conception des véhicules autonomes, l’objectif étant d’accompagner ces développements pour promouvoir une approche de conception prenant en compte dès l’origine les besoins des personnes handicapées ou âgées.

Le rôle important des représentations, des valeurs, des attitudes comme produit de la socialisation au risque orientent les perceptions de la situation et les prises de décisions et sont donc nécessaires à prendre en compte pour comprendre les besoins des usagers en termes de mobilité et d’apprentissage de la mobilité. Leur rôle important dans l’activité de déplacement, notamment comme facteurs explicatifs du rapport à la règle et aux infractions, nécessite de s’interroger sur la possibilité et les moyens de les évaluer et de les prendre en compte comme freins à la mobilité. Le genre et plus généralement la conformité des individus aux attentes sociales, peuvent ainsi être des éléments importants à prendre en compte, à la fois pour comprendre les freins à l’accès à la conduite et aux choix de modes, mais aussi les comportements en situation.


Par ailleurs, les interactions sociales sont une des caractéristiques de l’activité de déplacement qui fondent son caractère complexe et dynamique. Ces interactions sociales et notamment l’action de l’individu sur le comportement des autres usagers font partie des anticipations que celui-ci opère dans son analyse de la situation et affectent sa prise de décision. Cet élément est à considérer dans la réflexion sur le véhicule autonome actuellement en cours au Lescot : quel modèle de comportement doit être implémenté dans le véhicule autonome pour que ses comportements soient compréhensibles et prédictibles par les autres usagers des différents modes de déplacement ?

Dans une perspective de développement tout au long de la vie, une réflexion plus transversale pourra être mise en place sur les relations entre indépendance et autonomie du déplacement, susceptible de nourrir à la fois les recherches sur l’inclusion des personnes en situation de handicap ou âgées, la formation à la conduite et la réhabilitation du conducteur, mais aussi l’intégration progressive des véhicules autonomes dans le système de circulation routière.


Enfin dans ce même champ de recherche, les recherches sur l’usage du téléphone au volant se poursuivront et viseront à mieux comprendre les déterminants de ces pratiques. Chez les professionnels, qu’ils soient professionnels de la route ou professionnels mobiles, ces usages sont déclarés plus fréquents que chez ceux qui conduisent à titre privé. Mieux connaître la diversité de leurs besoins et de leurs motivations à utiliser le téléphone en fonction de leurs caractéristiques devrait permettre de mieux circonscrire les profils de ces conducteurs dont les formes de mobilités sont en pleine transformation.